Salamandre tachetée : Peut-on toucher une salamandre ?
Vous avez vu une salamandre ? Comment l’identifier et comprendre son mode de vie
Peut-on toucher une salamandre ? Réglementation et bonnes pratiques pour sa protection
Une salamandre à côté de votre compteur d’eau ? Avant de vouloir la manipuler pour lui « rendre service », il est essentiel de comprendre ce que la loi autorise et les enjeux liés aux amphibiens.
De plus, je partage avec vous dans ce blog des informations pour admirer des espèces sauvages, il convient d’être respectueux, de ne pas se mettre en danger et de ne pas mettre non plus les espèces observées en danger. L’éthique voudrait que si on aime contempler et/ou photographier la nature, autant en prendre soin pour en profiter encore de nombreuses années.
En France, il faut se référer à l’arrêté du 19 novembre 2007 et aux articles L.411-1 et L.411-2 du Code de l’environnement (ceci pour les plus motivés d’entre vous qui souhaiteraient aller dans le détail). Cet arrêté concerne la protection des amphibiens et reptiles en France métropolitaine.
Cette réglementation interdit notamment la capture, la manipulation et la destruction d’habitat de ces nombreuses espèces. Ces textes visent à enrayer le déclin des populations, fortement affectées par la perte d’habitats, la pollution et l’urbanisation, notamment de la salamandre tachetée (Salamandra salamandra).
Outre la réglementation, les amphibiens sont des animaux particulièrement sensibles. Leur peau est perméable et joue un rôle dans les échanges respiratoires et hydriques. Elle est recouverte d’un mucus protecteur. Le contact avec nos mains, parfois sèches ou porteuses de substances (savon, crème, bactéries), peut altérer cette barrière et favoriser des infections.
Il existe aussi un autre point souvent méconnu : la salamandre tachetée peut sécréter, en cas de stress, une substance défensive au niveau de glandes situées derrière la tête. Cette sécrétion n’est pas dangereuse pour l’homme dans des conditions normales, mais elle peut provoquer des irritations, notamment si elle entre en contact avec les yeux ou la bouche. Par précaution, il est donc recommandé de se laver les mains après tout contact, et surtout d’éviter de les porter au visage.

Voici quelques situations qui pourraient tout de même déroger à la règle :
- Les salamandres n’étant pas adaptée à la nage (plus d’explication dans les chapitres suivants), il est bon de les sortir de l’eau si vous en voyez une qui se noie
- Il peut être bon, si on en croise une sur une route fréquentée, de la déplacer sur le bas-côté, mais ne vous mettez pas en danger quand même
Noté qu’elle est bien présente en France mais qu’elle est déclarée vulnérable par l’IUCN (International Union for Conservation of Nature’s, LA référence des espèces sur liste rouge). Vous pouvez retrouver le lien en référence à la fin de cet article.
Que faire si je trouve une salamandre… Et qui contacter?
Comme évoqué précédemment, même une manipulation « pour aider » est en théorie interdite. Voici quelques endroits où vous pourriez les retrouver à votre domicile, que j’ai pu recenser en lisant des groupes Facebook :
- Autour des compteurs d’eau
- Des canalisations
- Proche des puits
Dans ces cas, préférez lui apporter un moyen naturel pour sortir. Par exemple, disposer quelques pierres peut suffire pour lui permettre de sortir seule. Mais sachez qu’il est aussi possible qu’elle ait choisi de venir à cet endroit pour être à l’abri, s’il y a des températures négatives par exemple. Les salamandres ne choisissent pas leurs gîtes au hasard. Elle pourrait sortir spontanément comme elle est entrée (par exemple passer par d’anciens tunnels creusés par les mulots ou simplement par le circuit de canalisation).
Si vous avez besoin d’aide ou avez besoin d’experts, je vous conseille de contacter des associations naturalistes locales. Pour la Bretagne, je pourrais conseiller Bretagne Vivante et Eau et Rivières de Bretagne, ainsi que Vivarmor Nature pour les Côtes-d’Armor (qui propose des cycles de formations sur l’initiation à la reconnaissance des amphibiens).
N’oubliez pas que vous pouvez vous aussi aider scientifiques et naturalistes en partageant vos observations. Pour ma part, j’utilise l’application Faune-France sur mon téléphone, cela permet d’améliorer les connaissances sur la répartition et l’évolution des populations de la salamandre mais de beaucoup d’autres espèces au-delà des amphibiens.
Pour les Bretons, je vous invite à venir sur la page Facebook Amphibiens de Bretagne – Herpétologie que j’ai créée, dédiée à l’observation des amphibiens de la région et à s’émerveiller de ces magnifiques animaux.
Comment reconnaître une salamandre et sa larve ?

La forme des adultes ressemble à un dragon aux yeux noirs, une peau lisse et noire avec des taches jaunes, occasionnellement oranges, taches qui définissent l’identité de l’individu (chaque individu peut être différencié par ses tâches). Elle peut mesurer entre 15 à 30 cm pour environ 40 g à 50 g maximum. Le mâle est généralement plus petit, plus fin et plus alerte que la femelle, qui elle est plus ronde, mais c’est par le cloaque que l’identification ne laisse plus de doute : il est bombé pour le mâle et plat pour la femelle.
Concernant les larves, elles mesurent entre 20-30 mm à 50 à 70 mm (avant de se métamorphoser). Pour ne pas les confondre avec les tritons, il y a deux critères à privilégier :
- Taches blanches sur les pattes
- La tête est plus large que le corps, ce qui est nettement moins le cas des tritons


J’ai aussi pu observer une différence de couleur entre larves de salmandre (foncée mais aussi plus claire) comme le montre cette photo avec deux larves de salamandre aux coté d’un triton alpestre.

De la larve à l’adulte : le cycle de vie de la salamandre tachetée
Une question revient souvent : la salamandre tachetée est-elle terrestre ou aquatique ?
En réalité, elle vit entre deux mondes. La larve est strictement aquatique, tandis que l’adulte est essentiellement terrestre, même s’il reste fortement dépendant de milieux humides.
Les larves vont rester 3 à 6 mois dans la mare et sont strictement aquatiques comme le montrent leurs branchies externes. Elles mesureront entre 50 à 70 mm avant de se métamorphoser pour donner leur forme terrestre.

Une fois sur la terre ferme, il faudra attendre 3 à 6 ans pour atteindre la maturité sexuelle et elle pourra vivre entre vingt à trente ans. La nature nous apprend qu’il y a toujours une exception qui confirme la règle et la salamandre en est l’une d’elles. Au stade terrestre, elles peuvent se déplacer dans un milieu aquatique sur de courtes distances, mais ne sont pas adaptées à la nage prolongée contrairement à la majorité des autres amphibiens. Une chute dans un point d’eau profond ou artificiel (regard, cuve) peut donc représenter un risque…
Et contrairement aux tritons, grenouilles et crapauds, elle ne pond pas d’œufs. La période de reproduction de la salamandre s’étend de septembre à janvier (le pic d’activité a lieu en octobre/novembre par chez moi). Après la fécondation, la femelle conserve les embryons dans son corps pendant plusieurs mois (souvent 6 à 9 mois selon les conditions). Elle donne ensuite naissance à des larves directement dans l’eau (entre 10 et 50) en plusieurs nuits.
Habitat et répartition

Sa distribution s’étend sur une large partie de l’Europe de l’Ouest, centrale, méridionale et du sud-est. Elle est présente dans tous les milieux en France et en Belgique, aussi bien en plaine qu’en montagne, il n’est donc pas si rare d’en croiser (attention, en Corse, c’est une autre espèce qui est présente, voir le chapitre ci-dessous).
Les habitats privilégiés sont :
- Sous les pierres plates
- Sous les troncs morts ou branches au sol
- Dans les tas de feuilles humides
- Dans les murets en pierre (interstices)
- À proximité d’un ruisseau forestier

En Bretagne, privilégiez les forêts de feuillus humides (chêne, hêtre) avec beaucoup de feuilles au sol, des talus et des mares ou milieux inondés.
Et si vous ne voyez pas d’adulte, allez chercher les larves. Comme nous l’avons vu, elles sont aquatiques, il faut donc les chercher dans les fossés, petites sources, bords de ruisseaux calmes ou mares. Pour ma part, il y en a de nombreuses dans la fontaine de mon village. L’avantage est que les larves de salamandre sont visibles en journée contrairement aux adultes qui sont actives la nuit, on y reviendra plus tard.
Vous appréciez cet article, continuez l’exploration et recevez une note de terrain concernant ma visite des cascades de la région de San Martin au format pdf via ma newsletter :
Amphibiens, salamandre, grenouilles : comprendre la classification
Mais en fait, on parle de quoi là ?
Amphibios veut dire « double vie », plutôt cool non ? Cela décrit en fait la différence de milieux entre la vie larvaire aquatique et la vie terrestre de l’adulte. Batraciens est un ancien terme qui a été abandonné en taxonomie moderne (mais bien compréhensible dans le langage courant), aujourd’hui on utilisera le terme d’amphibien.
Derrière ce mot se cache en réalité une diversité de formes, de modes de vie et d’adaptations. C’est pour cela que la classification se fait en 3 grands groupes :
- Les anoures : signifient « sans queue », comprennent les grenouilles, crapauds et rainettes qui perdent leur queue à la phase terrestre. On peut aussi noter qu’ils peuvent avoir des pattes palmées et sont, pour la plupart, doués au saut. Petite parenthèse, c’est dans ce groupe et dans la branche des grenouilles que se trouvent les dendrobates des régions tropicales, que j’ai eu la chance d’observer en Amazonie → Voir l’article dédié ici.
- Les urodèles : eux gardent leur queue à l’état adulte et comprennent les tritons et les salamandres.
- Les gymnophiones (très peu connus) : sont des amphibiens sans pattes qui ressemblent à des vers. Ils seraient absents en Europe, je ne pourrai approfondir plus ce sujet pour le moment.
Les larves des urodèles possèdent des branchies externes contrairement à celles des anoures (les têtards).
En France, la plus connue est la salamandre tachetée (Salamandra salamandra, celle que j’ai la possibilité de rencontrer), mais il est possible d’en observer 2 autres :
- La salamandre de Corse (Salamandra corsica) qui est endémique
- La salamandre noire (Salamandra atra) qui est présente en milieu montagnard
Des particularités fascinantes

Comme nous l’avons déjà vu, chaque individu a des tâches propres à son identité. C’est d’ailleurs un moyen qu’utilisent les naturalistes/passionnés qui réalisent des recensements pour savoir si les populations restent les mêmes ou se mélangent.
C’est d’ailleurs par ces passionnés que j’ai pu découvrir un fait plutôt étrange sur des groupes facebook. Il ne serait pas si rare de voir des salamandres avec une patte supplémentaire… Cela pourrait être la cause de consanguinité si les populations ne se mélangent pas, mais aussi dû à des stress ou blessures car elles pourraient régénérer des parties blessées. Malgré les nombreuses études, certains mécanismes, comme la régénération ou certaines malformations, restent encore partiellement compris.
Une chose incroyable que j’ai découverte en écrivant cet article : les amphibiens muent comme les reptiles (ou presque) ! Ce phénomène est quasi impossible à voir dans la nature, il a été observé en terrarium et s’appelle la dermatophagie. Ils se frottent contre du bois ou des pierres pour renouveler leur peau, ils la mangeraient ensuite car elle pourrait contenir des éléments nutritifs.
Est-ce que tu connaissais toutes ces particularités de la salamandre ? Si vous avez déjà observé ce type de phénomène, vous pouvez partager votre expérience dans les commentaires.
Le rôle écologique de la salamandre
La salamandre est une alliée des jardiniers. Son régime alimentaire se compose de limaces, vers de terre, insectes (coléoptères, larves…) ou araignées.
Au stade aquatique, elles sont toutes aussi carnivores. Elles se nourrissent de petits invertébrés aquatiques, larves d’insectes, parfois de têtards, ce qui participe à leur régulation.
Malgré sa toxicité, elle fait bien sûr aussi office de proie pour certains oiseaux, petits mammifères et serpents ; la larve, elle, est la proie des poissons. Donc si vous souhaitez voir des jeunes sujets, concentrez-vous sur les points d’eau sans ce prédateur.
J’ai la chance d’habiter dans des landes bretonnes et d’avoir des prairies humides à quelques pas de la maison. Les fossés étant inondés en hiver, c’est la grenouille rousse qui y pond ses œufs, il est possible d’y trouver quelques larves de salamandres aussi. J’ai eu la chance d’y observer une couleuvre à collier un automne, un prédateur qui se fait de plus en plus rare, mais cela reste un signe d’espoir de savoir qu’il en reste encore près de chez moi.
La salamandre est donc un élément essentiel dans la chaîne alimentaire :
- Régulation d’invertébrés
- Limite les limaces au jardin
- Régulation de ses populations par les oiseaux et serpents (qu’on les aime ou non, eux aussi jouent un rôle important)

Elle fait donc le lien entre 2 écosystèmes (aquatique et terrestre) et est un indicateur écologique (comme tous les amphibiens) pour se faire une idée de la dégradation d’un milieu en termes de :
- Qualité / pollution de l’eau
- Assèchement des milieux humides
- Dégradation des habitats
Un autre facteur est non négligeable : la fréquentation des automobilistes sur les routes, spécialement pendant la période de reproduction. À cette période (octobre à décembre), elles se déplacent vers des zones humides ou des points d’eau favorables à la mise bas des larves. C’est à ce moment qu’il y a de nombreuses pertes dues à la circulation.
Il reste tout de même de l’espoir. Un article au titre accrocheur avait retenu mon attention il y a quelque temps maintenant : « Cet amphibien est plus fort que les bulldozers » (retrouvez l’article en référence à la fin de cet article), qui nous prouve qu’il est encore possible d’agir pour protéger des espèces et des milieux naturels. Cet article mentionne que la cour administrative d’appel a annulé la réalisation de logements près de Nancy (qui devait avoir lieu par dérogation environnementale), car une grande population de salamandres occupe les lieux. Un message d’espoir qui nous prouve qu’il faut mieux connaître notre environnement pour mieux le protéger.
Quand observer une salamandre ?
Comme beaucoup d’amphibiens, elle a une activité principalement nocturne. Ils ont donc un système visuel permettant une perception des couleurs en faible luminosité et une adaptation aux environnements sombres ou crépusculaires. Il est donc préférable de limiter l’utilisation d’un flash trop puissant ou de rester trop longtemps et trop proche de leurs yeux avec une lumière intense, cela peut générer un stress inutile pour l’animal. Ce phénomène de stress provoque une immobilisation souvent interprétée à tort comme du calme.
Maintenant que nous avons bien étudié l’espèce, nous pouvons nous pencher sur la question : comment et quand photographier la salamandre ?
Nous avons parlé de son habitat. Il faut donc privilégier des espaces avec des points d’eau, de préférence en forêt ou en bordure de bocage. La présence de bois mort, de talus et de feuilles humides au sol ne feront que vous donner plus de garanties. Pour ma part, je pars au crépuscule faire des recensements, voir où sont les coins avec des individus, et j’y retourne au lever du soleil, le moment que je préfère pour mes photos. L’atmosphère, les oiseaux qui se réveillent et peu de monde aux alentours me permettent de voir beaucoup d’espèces et d’éviter qu’un promeneur avec un chien effraie les sujets que je photographie.
Si je veux me donner toutes mes chances, je sors à la période de reproduction, particulièrement lors de nuits fraîches (au-dessus de 8-9 °C), après une période de pluie et sans vent. Mais il est tout à fait possible d’en rencontrer en journée. Pour cela, il faut aussi mettre toutes ses chances de son côté :
- Il pleut légèrement
- L’humidité est très élevée
- Le ciel est couvert
- La température est douce (8–15 °C)
FAQ
Est-ce que la salamandre est venimeuse ?
La salamandre n’est pas venimeuse au sens dangereux pour l’homme. Elle sécrète une substance toxique par des glandes situées derrière la tête, surtout en cas de stress. Cela peut provoquer des irritations si elle entre en contact avec les yeux ou la bouche, d’où l’importance de se laver les mains après contact.
Où vit la salamandre ?
La salamandre tachetée vit principalement en milieu forestier humide, sous des pierres, des troncs ou dans la litière de feuilles. Elle reste terrestre à l’âge adulte mais dépend de points d’eau (ruisseaux, mares, fossés) pour la reproduction.
Qu’est ce qui attire les salamandres ?
Les salamandres sont attirées par l’humidité, l’obscurité et la présence d’abris naturels comme le bois mort ou les pierres. Les zones riches en proies (limaces, insectes) et proches de points d’eau sont particulièrement favorables.
Peut-on toucher une salamandre ?
Il est déconseillé de toucher une salamandre. En France, elles sont protégées et leur manipulation est interdite sauf cas exceptionnel. De plus, le contact peut abîmer leur peau fragile et entraîner des infections.
Quand peut-on observer une salamandre ?
La salamandre est principalement active la nuit, surtout par temps humide ou après la pluie. L’automne, en période de reproduction, est le moment le plus favorable pour en observer facilement.
Références
IUCN
Association Francis Hallé
Article « Cet amphibien est plus fort que les bulldozers »
AmphibiaWeb
Revue La salamandre